Produits de laboratoire

04 Sep De la crise à la stratégie: comment répondons-nous à la grippe aviaire en 2026 ?

L’année 2026 marque un tournant décisif. Alors que la demande mondiale en protéines animales continue de croître et que les exigences de durabilité se renforcent, les systèmes de production doivent être à la fois performants, responsables et résilients. Bien qu’aucune stratégie mondiale coordonnée contre la grippe aviaire n’ait encore émergé, plusieurs pays européens démontrent qu’il est possible de maîtriser la grippe aviaire hautement pathogène (IAHP) sans compromettre la production commerciale.

La santé animale: une priorité stratégique à la croisée de l’alimentation, du commerce, de la santé et de la sécurité

Lors de la 93e Session générale de l’Assemblée mondiale des Délégués, organisée à Paris du 18 au 22 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) a souligné que les foyers de maladies animales deviennent plus fréquents, plus complexes et plus difficiles à contenir. Les zoonoses, dont la grippe aviaire hautement pathogène, continuent de représenter une menace importante pour la santé publique mondiale.
Dans son discours d’ouverture, la Dre Emmanuelle Soubeyran a rappelé l’importance du moment présent. Après plusieurs années d’hésitation, le monde se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins.
Les menaces biologiques restent persistantes, ce qui rend la prévention plus essentielle que jamais. Investir dans la prévention aujourd’hui, c’est éviter les pandémies de demain. Pourtant, les ressources consacrées à la santé animale demeurent largement insuffisantes. Les menaces biologiques restent persistantes, rendant la prévention plus importante que jamais : investir dans la prévention aujourd’hui, c’est éviter les pandémies de demain. Pourtant, les investissements restent totalement insuffisants au regard des besoins nécessaires à une prévention efficace — la santé animale ne bénéficie que de 0,6 % des dépenses mondiales de santé. C’est pourquoi l’OMSA redouble d’efforts pour rappeler à ses membres que, dans le monde fragile dans lequel nous vivons, la santé animale ne peut plus être considérée comme une préoccupation technique de niche : les conséquences des maladies animales se répercutent en cascade.

Des besoins de prévention croissants face à des investissements insuffisants: sommes-nous prêts à prendre en compte cette contradiction ?

Le contraste entre l’ampleur des risques et le niveau des investissements est frappant. Des financements adaptés permettraient pourtant de réaliser d’importantes économies par rapport au coût d’une pandémie résultant d’un manque de prévention.

Néanmoins, aucun acteur ne peut y parvenir seul. À l’OMSA, cette vérité universelle est bien connue : les exemples de réussite présentés lors de la dernière Session générale montrent ce que des investissements durables et bien conçus dans les systèmes de santé animale peuvent apporter. Ils confirment non seulement que les choses doivent et peuvent changer, mais aussi qu’investir dans la prévention est plus rentable que de payer le prix des pandémies.

On peut notamment citer la campagne nationale obligatoire de vaccination des canards contre la grippe aviaire menée en France en octobre 2023, qui a permis de briser efficacement la chaîne de transmission. Alors qu’environ 500 foyers étaient initialement estimés entre octobre 2023 et mars 2024, seuls 10 ont finalement été enregistrés.

L’OMSA a également actualisé ses normes relatives aux échanges commerciaux et créé un tout nouveau chapitre consacré à la biosécurité afin de mieux contrôler la grippe aviaire. L’organisation souligne qu’une prévention efficace doit commencer avant même que les oiseaux n’atteignent les marchés de volailles vivantes et appelle à la mise en œuvre de mesures ciblées, fondées sur des données scientifiques et relevant de l’approche « Une seule santé » (One Health), afin de réduire les risques sanitaires tout en protégeant les économies locales. Cela implique également de lutter contre la stigmatisation associée aux marchés de volailles vivantes.

Études de cas: Les programmes pilotes de vaccination en Italie et aux Pays-Bas

Le succès de la stratégie française a encouragé d’autres pays à explorer la voie de la vaccination. L’Italie et les Pays-Bas ont ainsi lancé des programmes pilotes destinés à évaluer les conditions d’une mise en œuvre à grande échelle.

En Italie, où l’épisode d’IAHP de 2021-2022 a durement frappé la filière avicole, trois élevages de dindes de chair (dans la province de Vérone) et deux élevages de poules pondeuses (dans la province de Mantoue) participent au programme pilote.

L’objectif n’est pas d’évaluer l’efficacité des vaccins – déjà autorisés au niveau européen, mais la capacité du terrain à déployer une campagne de vaccination à grande échelle : enregistrement des vaccinations, traçabilité des animaux et efficacité des systèmes de surveillance.

Grâce à la technologie utilisée, les tests diagnostiques permettent de distinguer un oiseau vacciné d’un oiseau infecté. En recherchant des éléments du virus qui ne sont pas présents dans le vaccin, il est possible d’identifier une véritable infection et de la distinguer de l’immunité induite par la vaccination.

Cependant, la vaccination ne constitue pas l’unique outil de prévention. Une gestion rigoureuse des calendriers de production et une biosécurité renforcée restent indispensables.

Une prévention renforcée ne signifie toutefois pas uniquement vaccination. Bien qu’elle constitue l’un des principaux outils de prévention de la maladie, la mise en œuvre d’autres mesures reste indispensable.

En Italie, où la majorité des élevages de volailles se situent directement sur d’importantes voies de migration des oiseaux sauvages — notamment en Vénétie et en Lombardie — la construction de systèmes de santé animale résilients implique également une planification appropriée des périodes de mise en place des volailles afin de limiter leur exposition aux virus.

Avec un cycle de production de 150 jours, les dindes peuvent être gérées efficacement, puisque le troupeau est envoyé à l’abattage avant la période où l’IAHP commence généralement à se propager : cinq mois de production suivis d’un mois d’interruption, deux fois par an.

Les poules pondeuses, en revanche, ont une durée de vie productive plus longue — environ 500 à 520 jours — sans interruption. Elles nécessitent donc des services vétérinaires renforcés, une détection précoce et une réponse rapide à la maladie.

Aux Pays-Bas, l’Université et Centre de recherche de Wageningen, Royal GD, Wageningen Bioveterinary Research et l’Université d’Utrecht ont récemment publié les résultats d’un essai de terrain mené dans deux élevages commerciaux de poules pondeuses, visant à évaluer la protection sur l’ensemble du cycle de production — ce qu’aucune étude précédente n’avait encore réalisé.

Les poussins ont reçu un vaccin contre la grippe aviaire (IA), ainsi que l’ensemble des vaccinations habituelles administrées dans les couvoirs néerlandais, au premier jour de leur vie. Dans un groupe expérimental, une vaccination de rappel a également été administrée à l’âge de 12 semaines. Le groupe témoin n’a pas été vacciné.

Les oiseaux ont été suivis en conditions de terrain pendant toute la durée de l’étude, de l’éclosion jusqu’à la fin de la période de ponte. Quatre infections expérimentales contrôlées par le virus IAHP H5N1, clade 2.3.4.4b, ont été réalisées à 8, 24, 54 et 84 semaines d’âge.

À chacun des quatre âges d’exposition, les groupes vaccinés contre l’IA ont enregistré 0 % de mortalité, y compris à 84 semaines, âge auquel la sensibilité est particulièrement élevée. Le groupe ayant reçu un rappel vaccinal a systématiquement présenté moins de signes cliniques et une excrétion virale réduite.

La vaccination a également réduit significativement la transmission du virus au sein des élevages, même si un potentiel théorique de transmission subsistait. À l’inverse, le groupe témoin non vacciné a présenté une morbidité croissante avec l’âge, atteignant plus de 90 % d’oiseaux présentant des signes cliniques à 84 semaines. La mortalité atteignait alors 12,4 %, tandis que le nombre de reproduction R était supérieur à 6 chez les poules adultes.

En définitive, cet essai de terrain montre que la vaccination contre la grippe aviaire est sûre, compatible avec les programmes de vaccination appliqués en production commerciale et permet de limiter la propagation de la maladie.

Cependant, la vaccination seule pourrait ne pas suffire à stopper complètement la transmission au sein d’un cheptel. Une stratégie combinant vaccination de rappel et surveillance active, notamment par des tests diagnostiques, en complément des mesures de biosécurité existantes, constitue donc une approche robuste et fondée sur des données scientifiques pour assurer un contrôle efficace et durable de la grippe aviaire et interrompre sa transmission au sein des élevages de volailles et, in fine, vers l’être humain.

Considérations finales

La plupart des pays examinent attentivement les résultats des études récentes. Bien que l’utilisation de la vaccination contre la grippe aviaire chez les volailles demeure une décision relevant de chaque pays, personne ne peut ignorer que les vaccins transforment l’IAHP : d’un événement potentiellement catastrophique, elle devient une infection maîtrisable et non létale.

 

Article associé : Les leçons de la grippe aviaire: pourquoi se tourner vers « One Health ».

 

GiuliaFPar Giulia Faè
Responsable régional (Italie)
et rédactrice technique chez Socorex

 


Sources principales 

  1. “Giornate Avicole” (conferenza sull’Influenza Aviara), Rimini, Italia, aprile 2026
  2. 93rd General Session of the World Assembly of Delegates
  3. How WOAH's new and revised chapters ensure better control of avian influenza - WOAH - World Organization for Animal Health
  4. The State of the World’s Animal Health:
  5. Ministero della Salute - Influenza aviaria - Piano pilota di vaccinazione negli allevamenti avicoli
  6. Aviaria, programmazione degli accasamenti di tacchini - Anmvi Oggi | Quotidiano dell' Associazione Nazionale Medici Veterinari Italiani
  7. Dispositivo_con_progetto_pilota_vaccinazione_hpai_definitivo_05052026.pdf
  8. Vaccination of poultry with HVT-based H5 vaccine against highly pathogenic avian influenza | Wageningen University & Research

 

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Dernière modification le vendredi, 11 septembre 2026 15:38